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Rédigé par Léa Rouxel-Nouhaud, le 13 décembre 2024.

Le travail s’est profondément transformé avec l’avènement des nouvelles technologies
d’information et de communication (TIC). Initialement conçus pour améliorer l’efficacité
professionnelle, ces outils numériques ont progressivement engendré des effets négatifs. En permettant une disponibilité constante, ils ont brouillé les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle. Cette hyperconnectivité impose aux salariés une pression implicite ou explicite de rester connectés en permanence, augmentant ainsi les risques pour leur santé mentale et leur équilibre de vie.
Pour répondre à ces défis, le droit à la déconnexion a été intégré dans les législations avec pour objectif principal de protéger les salariés des dangers liés à l’hyperconnectivité et de garantir des périodes nécessaires de récupération et de repos.
Premièrement, l’évolution technologique. En effet, l’intégration massive des TIC dans le
monde du travail a permis une joignabilité accrue des employés, rendant floues les limites entre les sphères personnelle et professionnelle.
Deuxièmement, la pression professionnelle. Dans certains secteurs, les attentes implicites ou explicites des employeurs poussent les salariés à répondre à des communications en dehors des horaires de travail, alimentant une culture d’hyperconnectivité.
On recense de nombreux effets sur la santé mentale et le bien-être comme des effets négatifs sur la santé psychologique, incluant stress accru, hypervigilance et sentiment de “télépression” ou encore du déséquilibre entre vie privée et vie professionnelle. On constate aussi un allongement des heures de travail avec l’augmentation des heures de travail effectives non rémunérées et les risques de surcharge professionnelle et épuisement. Enfin, l’hyperconnectivité a également un impact sur l’efficacité organisationnelle : bien que l’hyperconnectivité puisse sembler bénéfique à court terme, elle réduit la productivité et l’engagement à long terme.
Gesualdi-Fecteau, D. & Richard, G. (2021) analysent l’encadrement juridique du droit à la
déconnexion dans différents pays. La France étant pionnière avec notamment la loi El Khomri (2016) qui intègre officiellement le droit à la déconnexion dans le Code du travail, obligeant les entreprises de plus de 50 salariés à négocier des mécanismes pour encadrer l’usage des outils numériques en dehors des horaires de travail. L’objectif ici est de prévenir les risques psychosociaux comme le burnout et de garantir des périodes de repos.
Le droit à la déconnexion peut être mis en œuvre de différentes manières, par exemple avec la signature de chartes précisant les plages horaires d’utilisation des TIC et interdisant les communications professionnelles pendant les périodes de repos.
Le droit à la déconnexion est également valable à l’international. Par exemple, la Belgique possède un cadre similaire axé sur des négociations sociales au sein des entreprises. Le Portugal a légiféré en 2021 interdisant explicitement aux employeurs de contacter leurs salariés en dehors des heures de travail, sauf urgence. L’Espagne et l’Italie ont-elles aussi des lois garantissant le droit au repos des employés et limitant les communications numériques hors des heures de travail. Toutefois, cela reste un défi persistant car la mise en œuvre des lois est hétérogène selon les secteurs et entreprises et il existe un dilemme entre flexibilité et régulation : comment équilibrer les besoins des entreprises et les droits des employés ?
Dans ce cadre, l’importance reste d’alimenter une organisation structurelle du travail qui intègre mieux les limites de l’hyperconnectivité et d’opter pour une collaboration entre acteurs politiques, entreprises et salariés afin de créer des environnements favorisant un équilibre durable entre connectivité professionnelle et vie personnelle.
Gesualdi-Fecteau, D. & Richard, G. (2021). Chapitre 6 L’hyperconnectivité professionnelle et le droit à la déconnexion et au repos : quel encadrement juridique ?. In L’intelligence artificielle et les mondes du travail (pp. 153-174). Presses de l’Université Laval. https://doi.org/10.1515/9782763753836-009