Générations coronavirus : plus rien ne sera comme avantEn ces temps où nous vivons en France une situation exceptionnelle et inédite pour nos générations, confinés dans nos habitations, coupés de nos pairs, faisant face aux vitrines baissées, aux lieux de vie… vidés, à l’aridité de nos vies de foi, l’intuition naît que rien ne sera plus vraiment comme avant, que le redémarrage tant espéré ne pourra pas se vivre comme si le virus n’était pas venu bousculer nos vies, nos quotidiens, nos entreprises, nos relations.

 

En premier lieu, de la position qui est la mienne, c’est-à-dire en dialogue avec dirigeants et responsables RH d’entreprises en première ligne face à la gestion humaine et économique de cette crise, j’ai une profonde et sincère pensée pour chacun d’entre eux. Sur nos territoires, ce sont des hommes et des femmes qui se battent quotidiennement pour la pérennité de leur activité, parfois fragile, parfois précaire. Cet épisode arrive comme un tsunami dans leurs équilibres économiques, et peu de situations sont très enviables, qu’on soit une multinationale dépendant particulièrement des marchés financiers mondiaux ou qu’on soit une petite entreprise du territoire qui survit chaque jour par les litres de transpiration de chacun des collaborateurs, à commencer par le dirigeant lui-même.

 

Cette période où les agendas s’éclaircissent m’oblige à me questionner sur la manière dont je peux malgré tout rester fécond. Comme dirigeant en ressources humaines, j’ai défini ma mission ainsi : « Accompagner la transformation humaine des organisations afin de réordonner le travail à l’homme et à sa réalisation, qu’il devienne ainsi libre co-créateur d’un monde dont il est dépositaire. » Une bien grande phrase qui peut trouver du sens aujourd’hui.

 

Car plus que jamais, la fragilité de notre condition humaine comme de notre modèle de société face à ce virus à grande vitesse peut nous faire reprendre conscience que nous sommes précisément dépositaire du monde dans lequel nous vivons. Dépositaire au sens où nous l’avons reçu et nous avons à le rendre. Au sens où nous n’en sommes pas propriétaires et où nous avons la libre responsabilité d’en faire un bien ou d’en faire un mal.

 

Le contexte peut nous amener à comprendre aussi que c’est notre rapport au travail qui peut être également questionné. Est-ce l’organisation qui se réalise par l’homme, est-ce l’homme qui se réalise par le travail? Comment nos organisations favorisent la réalisation de leurs collaborateurs pour servir le bien commun, c’est-à-dire le bien de l’organisation elle-même en même temps que le bien de chacun? Aujourd’hui, la société dans laquelle nous vivons, l’entreprise dans laquelle nous travaillons, la vie sociale que nous nourrissons, la vie familiale dont nous prenons soin sont autant de biens communs dont nous sommes garants, en tant qu’hommes libres. C’est cette responsabilité renouvelée qui peut nous questionner.

 

Ma mission d’entreprise m’a également amené à clarifier mes valeurs d’entreprise, parfaitement en résonance avec l’ensemble du réseau PerfHomme, et qui peuvent être un bon aiguillon dans ce quotidien bousculé.

L’attention au réel

L’occasion de vivre chaque jour en étant pleinement présent à ce qui se présente, sans être dans l’impatience de la suite. Accueillir chacun, prendre le juste temps pour la personne avec laquelle j’interagis, accueillir son réel.

L’accueil préférentiel de la vulnérabilité

L’occasion d’accueillir nos limites. Nos limites humaines, en particulier au niveau physique, mais également les limites du modèle que nous avons construit et qui nous consume. Accepter qu’aujourd’hui, nous sommes tous face à cette situation inédite qui nous fragilise individuellement dans notre illusion de toute-puissance.

La confiance inconditionnelle

L’occasion de ne pas céder ni à la panique ni à la désespérance. Mais d’avoir une confiance responsable en l’avenir, en nos responsables politiques, en nos ressources individuelles et collectives, en nos comportements humains et solidaires.

L’humilité dans le service

L’occasion, là où nous sommes, de rendre des services libres, avec cette part de gratuité tellement porteuse de fruits. L’humilité de s’isoler pour ne pas mettre en danger les autres, l’humilité d’être dans l’obéissance face aux consignes sanitaires, l’humilité de croire que les petites choses que nous faisons produisent un bien invisible plus grand.

La sobriété heureuse

L’occasion de questionner nos modes de consommation, de nous tourner vers l’essentiel de nos vies, et d’accueillir cette sobriété non pas comme une forme d’austérité mais bien comme une attitude de dépouillement d’où jaillit la joie, celle de faire ce qui est juste et bon.

 

Tout cela est finalement profondément écologique, une écologie intégrale où nos limites questionnent tous les pans de notre vie : santé, travail, relations… rythmes de vie, sobriété, responsabilité… fragilités, solidarités, confiance… vie! C’est à chacun, là où il est, d’essayer d’inventer et de rendre concret ce que j’ai maladroitement mis en mots. C’est à chacun de le saisir et de lui donner vie! Et si, dans quelques mois, nous avions tous un peu construit ce quelque chose de différent… alors plus rien ne sera effectivement comme avant.